Pourquoi Matt Mullenweg se trompe sur la fin du procès WordPress
Le bras de fer judiciaire entre WP Engine et Automattic, la maison mère de WordPress, est loin d’être clos. Malgré l’assurance affichée récemment par Matt Mullenweg, cofondateur d’Automattic, le procès suit son cours avec de nouvelles accusations déposées par WP Engine. Le dossier s’épaissit et révèle un conflit au cœur de l’écosystème WordPress qui pourrait bouleverser les règles du jeu.
Ce que le tribunal a décidé, et ce qui reste à jouer
En septembre 2025, un juge a rejeté plusieurs accusations portées par WP Engine contre Automattic et Matt Mullenweg. Mais attention, ce rejet n’a pas été définitif. Certaines plaintes ont été refusées pour des raisons purement techniques, laissant à WP Engine la possibilité de corriger et de reformuler ses demandes. L’entreprise a saisi cette occasion et vient de déposer une version amendée de sa plainte.
Deux accusations ont été définitivement écartées :
- Tentative d’extorsion : Cette accusation, basée sur un article du Code pénal californien, ne pouvait pas tenir dans un cadre civil.
- Usage abusif de marque déposée : Cette plainte est recevable uniquement comme moyen de défense, pas comme accusation de départ.
Le reste des accusations, notamment sur des questions antitrust, a été réorienté pour mieux répondre aux exigences de la justice.
Les six chefs d’accusation reformulés par WP Engine
Parmi les nouvelles accusations déposées, on retrouve des chefs majeurs liés à la défense des règles de la concurrence. WP Engine insiste notamment sur des pratiques commerciales suspectes d’Automattic :
- Fraude informatique (Computer Fraud and Abuse Act)
- Tentative de monopole selon la loi Sherman
- Pratiques d’entrave illégale (via lois Sherman et Cartwright)
- Concurrence déloyale et publicité mensongère sous la loi Lanham
Certaines de ces accusations ont été réécrites précisément pour combler les lacunes que le juge avait pointées en septembre.
WP Engine précise son terrain de jeu et ses preuves
Un point faible notable lors du premier procès était la définition des marchés concernés. WP Engine a désormais détaillé quatre marchés clés :
- Les systèmes de gestion de contenu web (CMS), incluant WordPress et ses alternatives.
- Les services d’hébergement spécialisés WordPress, où Automattic détiendrait une influence considérable.
- La distribution des plugins via le dépôt officiel WordPress.org, un canal exclusif dominé par Automattic.
- Le marché spécifique des plugins de champs personnalisés, un segment technique pointé pour exclusion.
Cette nouvelle définition du marché, développée sur 27 pages, vise à mieux montrer l’emprise supposée d’Automattic.
Pourquoi Matt Mullenweg se trompe sur la fin du procès
Matt Mullenweg avait publié un billet affirmant que les principaux chefs d’accusation, dont l’antitrust et le monopole, avaient été rejetés. C’est une exagération. Ces accusations n’ont été que temporairement ajournées pour que WP Engine les reformule. Le dépôt du « Second Amended Complaint » s’étend désormais sur plus de 175 pages, une réponse détaillée pour renforcer le dossier.
Les nouvelles preuves mettent en lumière le rôle clé d’Automattic et de Mullenweg dans :
- Le contrôle du dépôt officiel des plugins et thèmes WordPress
- La gestion des marques associées, utilisée comme levier commercial
- Des pressions exercées sur les développeurs et partenaires pour limiter les collaborations avec WP Engine
- Un lien forcé entre accès au dépôt WordPress.org et respect des contrôles d’Automattic
Ces pratiques sont présentées comme des manœuvres pour étouffer la concurrence et préserver un monopole.
Cette affaire n’est pas qu’un simple litige entre entreprises. Elle interroge sur la gouvernance d’un écosystème numérique majeur. WordPress propulse aujourd’hui près de 40% des sites web mondiaux. Si Automattic a un contrôle si fort, quels en sont les impacts pour les développeurs, les hébergeurs, et au final les utilisateurs ?
WP Engine n’a pas abandonné et montre qu’un procès long et complexe est engagé. Mullenweg ne peut pas encore clamer victoire.
Le combat pour la maîtrise du cœur de WordPress se poursuit. À quoi ressemblera la transparence et la concurrence dans cet univers d’ici quelques années ? La réponse reste à écrire.




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