Pourquoi 80% des retailers se trompent sur leur impact environnemental
Tandis que le commerce évolue à grande vitesse, une réalité dérangeante s’impose : 80 % de l’impact carbone des retailers vient des produits eux-mêmes, pas de leur logistique ou leurs emballages. Cette erreur d’analyse fausse souvent leur approche écologique. Pourquoi tant d’enseignes peinent-elles à mesurer justement leur empreinte environnementale ? C’est ce décalage, révélateur mais méconnu, qui marque les stratégies durables du commerce connecté aujourd’hui.
Des entreprises qui bricolent à côté du vrai enjeu
Fnac Darty offre un exemple instructif. Son plan stratégique « Everyday » met la réparation au cœur de sa démarche. En 2023, le groupe a remis en état 2,5 millions d’appareils électriques, contre 1,6 million cinq ans plus tôt. C’est un pas important, qui réduit la consommation et la production de déchets.
De son côté, La Redoute a créé La Reboucle, un service de vente de produits seconde main. Fin 2024, il proposait déjà plus de 50 000 articles d’occasion. Deux acteurs majeurs qui agissent, certes.
Pourtant, une large part de l’impact carbone reste hors de portée. Philippe Vachet, directeur de l’Agence Lucie, spécialisée en RSE, le souligne : “La multiplication des petits colis, en provenance souvent de l’étranger, augmente considérablement le bilan écologique.”
Le phénomène des “micropacks” n’est pas fou : il découle des modèles ultra-flexibles, comme la fast-fashion, qui nourrissent une consommation toujours plus fragmentée et immédiate. Pourtant, les mesures gouvernementales pour taxer légèrement les petits colis importés risquent de n’être que des pansements.
Le législateur frappe à la porte de la fast-fashion
Le secteur textile demeure un terrain brûlant. La fast-fashion et ses rendements rapides entraînent souvent surproduction et gaspillage. Face à cela, une proposition de loi anti-fast fashion arrive à l’automne à l’Assemblée. Son objectif : réduire l’impact écologique de cette industrie.
Marc Lolivier, délégué général de la Fevad, insiste sur les attentes évolutives des consommateurs. “Les acheteurs, en particulier les plus jeunes, demandent plus de responsabilité dans leur acte d’achat. Le prix reste prioritaire, mais la RSE fait de plus en plus la différence.”
Cette contradiction générationnelle est frappante : beaucoup privilégient la mode à bas coût, malgré la conscience écologique grandissante.
Transparence et traçabilité : l’information faite pour agir
Réduire l’empreinte écologique passe aussi par l’information. Selon Marc Lolivier, “optimiser les emballages, réduire le vide dans les colis, c’est un réflexe bénéfique pour le bilan carbone.”
Mais l’amélioration de la chaîne logistique ne suffit pas. Le client doit pouvoir choisir en connaissance de cause son mode de livraison, pourtant peu ou pas explicité en termes d’impact environnemental.
- Le transport le moins polluant n’est pas toujours mis en avant.
- Le choix d’une livraison verte reste souvent invisible.
- Le suremballage peut être évité en laissant l’option au client.
“Nous examinons comment associer les professionnels aux travaux pour améliorer ces solutions,” affirme Hugo Jublan, responsable RSE à la Fevad. Citeo, l’éco-organisme en charge des emballages ménagers, mène déjà des réflexions dans ce sens.
Mesurer pour mieux avancer : un défi nécessaire
Sans indicateurs précis, la progression vers la réduction des émissions carbone reste un vœu pieux. La charte pour la réduction de l’impact environnemental de l’e-commerce intègre désormais cette exigence.
La Fevad annonce la gestion d’un indicateur dédié aux retours produits, enjeu sensible car souvent non mesuré correctement.
“Nous recevrons des données anonymisées pour analyser ce point,” précise Marc Lolivier. Évaluer pour ajuster, c’est la clé.
L’Ademe apporte aussi son concours avec son outil Impact CO2, qui compare les modes de livraison selon leur empreinte écologique.
Mais le risque est réel : la filière commerce peut basculer vers un système à deux vitesses, entre acteurs bien dotés pour verdir leur activité et les autres, moins capables.
Un avenir prometteur pour le marché de l’occasion
Le reconditionnement s’impose comme une alternative durable. L’étude 2025 de Recommerce révèle que 30 % des Français souhaitent revendre leurs appareils électroniques. Plus d’un sur cinq utilise un smartphone d’occasion. La France se distingue nettement par rapport à ses voisins européens.
Ce phénomène illustre comment le commerce durable peut aussi devenir un levier économique puissant.
L’heure est venue pour retailers et e-commerçants d’adopter une vision globale, dépassant la seule logistique. Comprendre que l’essentiel de leur impact repose sur les produits eux-mêmes ouvre la voie à des stratégies plus réalistes et efficaces. Le vrai défi : réussir cette transition sans céder aux approximations ni aux mesures cosmétique.




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